L'UE menace de bloquer les ciments propres
Un nouveau rapport dénonce l'accent mis sur le captage du carbone, une technologie coûteuse
Le Bureau européen de l'environnement (BEE) met en garde contre le risque que l'UE mette à l'écart les ciments à faible teneur en carbone, pourtant peu coûteux et disponibles. Selon le rapport « CEMENT IT BETTER », la politique s'appuie trop fortement sur le captage et le stockage du carbone, alors que des alternatives éprouvées peuvent d'ores et déjà permettre d'importantes réductions d'émissions.
Des alternatives peu coûteuses existent déjà
L’EEB affirme que le plus grand potentiel de réduction réside dans la réduction et le remplacement du clinker, le composant le plus intensif en carbone du ciment traditionnel. En développant à grande échelle les mélanges de ciment, les substituts du clinker, les matériaux circulaires et l’utilisation efficace des matières premières, le secteur peut dès aujourd’hui réduire ses émissions de 40 %. Des innovations supplémentaires, telles que les liants à faible teneur en carbone et les ciments sans clinker, associées aux énergies renouvelables, pourraient réduire les émissions de 70 % ou plus.
Des normes obsolètes constituent un obstacle
Malgré une production commerciale en Europe, de nombreux ciments innovants ne parviennent pas à pénétrer le segment de marché européen. Cause, selon le rapport : des normes qui définissent encore trop le ciment en fonction de sa composition plutôt que de ses performances environnementales. De ce fait, plusieurs produits à faible empreinte carbone ne peuvent être certifiés ni déployés à grande échelle.
Risque d’une approche unilatérale du CSC
Les mesures européennes proposées et les cadres de financement soutiennent fortement le captage et le stockage du carbone (CSC) comme voie privilégiée pour la décarbonisation. L’EEB met en garde contre le fait qu’un tel engagement unilatéral, après des années de promesses surévaluées et de dépassements de coûts, risque de fermer le marché aux solutions qui préviennent les émissions plutôt que de les capter a posteriori.
Solutions recommandées
Le rapport met l’accent sur quatre axes : réduire la part de clinker dans le ciment ; développer à grande échelle les liants à faible teneur en carbone, y compris les variantes sans clinker ; utiliser des matériaux de construction recyclés comme matières premières circulaires ; et réduire la demande grâce à l’optimisation des matériaux et de la conception. Selon les analyses citées, les solutions existantes peuvent permettre une réduction allant jusqu’à 50 % pour un surcoût négligeable, tandis que les ciments avancés affichent déjà des performances inférieures de 70 à 75 % à celles du ciment Portland.
Exemples et perspectives
Les ciments à faible empreinte carbone sont déjà utilisés dans des projets concrets, tels que des quartiers résidentiels et des infrastructures à grande échelle. Avec plus de 30 % de la capacité européenne de production de ciment nécessitant d’importants réinvestissements d’ici 2030, l’EEB y voit une opportunité pour orienter la production et l’utilisation vers des modèles plus propres. Le message clé : supprimer les obstacles liés au marché et aux normes et récompenser les solutions qui préviennent les émissions, afin d’accélérer la transition.